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Jeff Jarvis : « Les entreprises de presse ont tort de traiter Google en tant qu’ennemi.»

Comment survivre face à l’afflux d’informations gratuites présentes sur le web et face au monopole de Google? Dans son livre « La méthode Google », un ex-journaliste du New York Times, tente de répondre aux questions existentielles auxquelles la presse est confrontée.

 Son postulat, simple mais cinglant, tient en une phrase : « Si la presse veut survivre, elle doit entrer dans la pensée de Google ». Dans son livre Jeff Jarvis, un ex-journaliste reconverti aux vertus du blogging (buzzmachine.com) tente de dériver à partir de la réussite du géant de Mountain Dew des solutions applicables à la plupart des « business ».

Selon lui, cette réussite spectaculaire (croissance la plus forte connue à ce jour en tenant compte du nombre de jour depuis la création de la société) n’a rien d’un hasard. C’est vrai, son produit phare – le moteur de recherche – s’est naturellement imposé de manière incontournable parce qu’il rend un service inestimable à la communauté sans lui couter un cent. Mais ce n’est pas suffisant pour expliquer un tel succès sur autant de fronts : panoplie toujours plus grande d’applications rendant des services étonnants, OS pour mobile et projet d’OS pour ordinateur, etc. Pour Jarvis ce serait du à son approche radicalement nouvelle, une méthode unique. En clair, «la méthode Google ».

La recette du succès pourrait tenir dans ces 5 mots : ouverture, utilité (pour les consommateurs), innovation et (penser) « réseau » (ou « distribué »). Si Google a réussi, c’est parce que cette société a excellé dans l’application de ce mix. Et si les groupes de presse veulent faire plus que juste subsister, ils feraient mieux de s’en inspirer.

Google n’est pas l’ennemi 

Ce nouveau médium, comme tout nouveau medium, bouleverse les média antérieurs. Ils les obligent à trouver de nouvelles formes et de nouveaux emplois. Au lieu de chercher à échafauder des stratégies de préservation des acquis, la presse devrait être en train de réfléchir à ces nouveaux emplois, prône Jarvis. Ce dernier conseille de lâcher une bonne part des vieilles recettes qui ont fait l’âge d’or du journalisme pour mieux se concentrer sur celles qui pourraient marcher dans l’ère des médias interactifs.

Première attitude à proscrire, selon l’auteur : se couper du trafic fournit par Google. On se souvient tous du réflexe auto-protecteur des grands groupes belges de presse à l’égard de l’indexation des pages de leurs sites web par Google. En voulant éviter que Google leur « vole » les revenus publicitaires les éditeurs de journaux se seraient coupés l’herbe sous les pieds. «Aujourd’hui, l’objectif est de considérer Google en ami, ou au moins d’en faire un ‘coo-pétiteur’», prétend l’auteur.

La raison principale est tout simplement que Google est devenu incontournable sur le web. Google est partout et rend service à tous. Grâce au système de référencement basé sur ses algorithmes, quiconque veut gagner en visibilité peut y arriver et quiconque cherche une information précise peut la trouver aisément.

 Les liens, l’essence du web

Ce qui est, véritablement, en train de changer la structure de l’industrie des médias : c’est les liens, souligne-t-il. «Un journal qui veut sortir du lot – qui veut que les gens puissent trouver ses contenus grâce aux moteurs de recherche et aux liens- devra proposer des articles hors du commun. »  Dès lors, « les journaux doivent concentrer tous leurs moyens sur ce qui importe vraiment.» Pour le reste – ce pour quoi ils ne sont pas experts – il leur faut renvoyer leur lecteur vers d’autres sites. » En fait, les liens obligeraient à la spécialisation et à penser «distribué ». Penser « distribué », c’est se dire que si une information est vraiment digne d’intérêt, elle finira toujours par arriver aux lecteurs. Par conséquent des contenus sans liens sont sans intérêts, aujourd’hui.

Jarvis en dérive que le temps où on vendait « des panacées universelles qui marchent pour tout et tout le monde » est révolu. Tout comme, d’ailleurs, le temps où on cherchait à retenir ses clients à tout prix – c.-à-d. à grand renfort de dépenses marketing – et où on considérait obligatoirement les entreprises se développant dans le même segment comme concurrente. En fait, c’est bien simple. Pour ce professeur en journalisme interactif : « si l’industrie de l’information devait être inventée aujourd’hui, dans l’ère post-liens, toute l’activité – la façon de rassembler les informations, voire même de structurer un article – serait différente. »

C’est d’autant plus vrai que l’information – qui se trouve au cœur même de ce métier- est devenue une commodité. En tous cas, elle ne présente plus autant de valeur qu’auparavant. Les gens de la presse sont, donc, invités à revoir leur « business model » de fond en comble. Cela va bien au-delà de la mise en ligne d’un nouveau site bourré de plein de contenu ou de la création d’un compte Facebook. Réaliser cette révolution copernicienne demande de « remettre à plat la stratégie, l’organisation, les relations clients», etc.

Se réinventer, c’est pas juste rénover

Est-ce que le nouveau métier de la presse doit servir « l’entreprise de diffusion de la connaissance » comme le font déjà Google ou Wikipédia ou est-ce qu’il doit tourner autour de l’organisation de communautés à la Facebook?

Sans doute pas. Jarvis pense plutôt que cette industrie doit, à l’instar des startups du web, innover en construisant ses propres produits numériques, se muer en plate-forme afin de servir à la création de réseaux de diffusion plus larges. À l’instar du New-York Times et du Washington post qui vienne de passer un accord avec Google afin d’amener le contenu plus efficacement aux utilisateurs. Le projet, encore en phase Bêta, vise à rassembler tout un tas d’informations, de services (éventuellement d’application) liés à un événement important de l’actualité sur une même page (livingstories.googlelabs.com). On trouve ainsi une ligne du temps reprenant les principaux événements, des renseignements sur les personnes clefs, les opinions, des graphiques divers, les vidéos, etc. C’est ainsi, en montrant la voie plutôt qu’en réagissant après coup aux évolutions en cours que la presse pourrait reprendre son destin en main. Cependant, Jarvis concède que nous nous trouvons que dans une phase d’expérimentations. Son livre ne propose, donc, pas une formule magique qui sauverait la presse.

« La méthode Google : que ferait Google à votre place », Jeff Jarvis, éditions Télémaque, 22 €.


5 règles pour exploiter le carburant du web: les liens (selon le livre de Jeff Jarvis)

– Produire du contenu à forte valeur ajoutée

– Faciliter un maximum l’accès aux informations pour que Google puissent les référencer

– Exploiter les liens et votre audience via la publicité (à l’instar des Google ads)

– Tirer profit des liens pour développer votre propre efficacité

– Dénicher les opportunités pour générer de la valeur par le biais de votre réseau de liens: mettre en avant les meilleurs contenus, développer une infrastructure technique permettant de sélectionner les liens les plus pertinents, création d’un système publicitaire (à l’instar de Digg.com)

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